Orlando Figes sur Amazon.com / Une (brève) histoire critique

NewZilla.NET avr 25 2010 - 8:48 par Philippe CROUZILLACQ

Orlando FigesDénigrer ses confrères, quand on évolue dans la communauté universitaire, ce n’est déjà pas très malin. Le faire anonymement et en plus essayer de faire porter le chapeau à sa femme (également universitaire) de ces méfaits, la chose est plus que passable.

Mais s’adonner à cette activité sur les forums du site Amazon.com, là, la démarche relève carrément du déficit neuronal. Et c’est pourtant l’aventure qui est arrivée à Orlando Figes, professeur d’histoire russe officiant jusqu’à ces derniers jours au Birkbeck College de l’Université de Londres.

L’homme, historien reconnu, maintes fois primé, et publié en France chez Denoël, avait pris l’habitude de poster sous anonymat (enfin le croyait-il) des commentaires sur ses ouvrages, en vente sur le site Amazon.com.

Commentaires critiques

Rien de bien répréhensible jusque là, si ce n’est que lesdits commentaires (les biens nommés «poison pen reviews» en anglais), hors le fait qu’ils vantaient toujours les mérites de l’auteur, et descendaient aussi systématiquement en flêche ceux de ces confrères, et semble-t-il concurrents.

Parmi eux, Robert Service, d’Oxford, un auteur populaire de romans historiques, Kate Summerscale, et Rachel Polonsky, une confrère enseignant à Cambridge. Tout trois n’ont pas tardé à trouver « étonnant » la constance, et l’absence de sens critique, des commentaires postés à propos des ouvrages d’Orlando Figes.

Dans un premier temps et en guise de réponse, celui-ci leur écrivit des courriels indignés et leur envoya son avocat, les menaçant de les poursuivre devant les tribunaux pour dénonciation calomnieuse.

Expert informatique

Mais l’affaire n’en resta pas là car Rachel Polonsky, une des universitaires visées par les commentaires litigieux décida d’engager un expert en informatique pour tenter de localiser l’origine des posts. Et le résultat dépassa toutes ces espérances puisque l’expert parvint à remonter (une adresse I.P étant toujours partiellement anonyme) jusqu’au domicile des époux Figes. Ne se démontant pas, Orlando Figes mit alors l’affaire sur le dos de sa femme, par ailleurs professeur de droit à Cambridge.

Avant, quelques jours plus tard de craquer dans une interview accordée au Daily Mail et de reconnaître qu’il était l’auteur, comprenez le seul et unique auteur, de toute cette mascarade. Réputation entachée, crédibilité remise en question, au final, pour Orlando Figes l’affaire a viré au cauchemar. Et comme le note Pierre Assouline, qui rapporte en France l’anecdote sur son blog, « la casserole risque de résonner longtemps encore ».