EDITO / Taxer les iPad et les PC pour sauver la presse ? La belle idée que voilà…

NewZilla.NET fév 22 2012 - 12:01 par Philippe CROUZILLACQ

Les éditeurs de presse entendent profiter de la campagne présidentielle pour proposer la création d’une taxe sur tous les appareils servant à se connecter à Internet.

Quand on parle de presse en ligne, encore convient-il de faire la part des choses. Il y a d’abord les pure players, des sites d’information présents exclusivement sur Internet qui ces dernières années ont tenté bon gré mal gré de réinventer et parfois de redonner du sens au traitement de l’information.

A l’exception de Mediapart, le site payant fondé par Edwy Plenel, qui semble être sorti de l’ornière, l’équilibre économique et financier de la plupart de ces acteurs demeure extrêmement fragile. Certains d’entre eux étant même contraints (même s’ils ne l’avouent pas) de trouver refuge auprès de groupes de presse plus traditionnels (Cf Rue89.com racheté par le Nouvel Observateur). Et puis, il y a les acteurs de la presse dite classique, (entendons la presse papier) qui ont su faire preuve d’une réelle imagination pour développer et promouvoir leur contenu en ligne.

Certes le retour sur investissement se fait attendre dans la plupart des cas, mais leur présence en ligne n’en demeure pas moins une belle vitrine pour le titre concerné. Il y a également les titres papier en perdition, qui pour quelques mois encore ont trouvé (un dernier ?) refuge sur le Web (France Soir, La Tribune).

Il y a enfin la très grande majorité des acteurs de la presse française, dont certains dirigeants engoncés dans un conservatisme technologique, et une éclatante indigence intellectuelle, mais toujours prompts à aller à la soupe des petites aides publiques (comme le montre cette remarquable application développée par le site OWNI.fr) se sont montrés incapables au fil des ans de développer une stratégie online digne de ce nom. Se contentant parfois (dans le meilleur des cas) de reproduire la production de la version papier de leurs journaux. Bref, le moins que l’on puisse en dire c’est que la clairvoyance n’a pas toujours été au rendez-vous…

Et les Shadoks taxaient, taxaient…

Or qu’apprend-on aujourd’hui? Qu’à la faveur de la présente campagne présidentielle, les éditeurs de journaux, de la presse nationale et régionale (SPQN et SPQR) s’apprêteraient à interpeller les candidats sur un projet de taxe…destinée à financer la presse française. Imagine-t-on la mise en place d’un pareil mécanisme aux Etats-Unis, ou en Grande-Bretagne? Non, pas vraiment…

Cette taxe serait prélevée auprès des FAI (fournisseurs d’accès à Internet) mais aussi sur les tablettes numériques (iPad et autres), les smartphones, les PC, et sur tous les appareils ce qui de près ou de loin sert à se connecter à Internet. « La presse fait partie des motifs importants de consultation d’Internet sur les appareils mobiles », insiste Denis Bouchez, directeur du SPQN, cité par Le Monde.

« Nous représentons un secteur qui contribue fortement à l’émergence de l’économie numérique, et nous sommes peut-être celui qui en bénéficie le moins. Il existe des mécanismes de redistribution pour le cinéma et la musique, mais rien pour la presse. Or, nous sommes un secteur qui relève de l’intérêt général de la démocratie ».

A ce stade, deux options s’affrontent pour la redistribution de la future taxe. Les fonds pourraient être répartis entre les sites d’information en ligne au prorata de leur audience (ce qui ne semble pas sot, mais qui on le devine aisément pourra poser quelques soucis) ou être affectés en priorité aux-publications-bénéficiant-d’un-numéro-de-commission-paritaire.

Selon les premiers calculs du SPQN, rapportés par Le Monde, une contribution des FAI pourrait rapporter 30 millions d’euros par an, et une taxe sur les appareils numériques entre 110 et 120 millions d’euros (and counting, comme disent les journalistes anglo-saxons). Gageons, comme à l’accoutumée que cet argent s’il venait à être prélevé serait bien employé, et que ces fonds serviraient qui à améliorer la qualité de la production éditoriale, qui a engager et à revaloriser le métier de journaliste…Faisons un rêve ! Avant que le situation ne vire au cauchemar.

Philippe CROUZILLACQ