EDITO / ePresse, le syndrome Asterix et la stratégie du village gaulois

NewZilla.NET avr 7 2012 - 1:39 par Philippe CROUZILLACQ

L’application ePresse développée pour contrer, excusez du peu, Google News et le kiosque numérique d’Apple NewsStand, élargit son catalogue et révise son offre tarifaire. Parmi les grands titres nationaux, Le Monde est aujourd’hui le seul à ne pas avoir succombé (à raison?) aux sirènes de ce mastodonte en devenir de la presse en ligne hexagonale.

S’il n’en reste qu’une, la presse française entend bien être celle-là…Alors même que le kiosque numérique d’Apple (construit sur le modèle de l’AppStore et de l’iTunes Music Store) rencontre depuis son lancement à l’automne 2011 un franc succès aux Etats-Unis avec plus de 300 titres en catalogue, la presse française continue de bouder ce mode de diffusion.

Un système de répartition des revenus que les grands syndicats de la profession jugent inéquitable, 30% des recettes étant reversées à Apple, qui au surplus définit le prix de vente au numéro (sur sa plate-forme), et s’autorise à conserver les données utilisateurs.

Au lancement de NewsStand seuls trois titres de presse avait donné leur aval pour être présent sur la plate-forme, France Soir, La Tribune, et Le Monde diplomatique. Des titres de presse qui ont depuis connus des fortunes diverses. Dans l’espoir (illusoire ?) de contrecarrer Apple et de combattre les méfaits supposés d’un Google News, les syndicats de presse ont créé un GIE (groupement d’intérêt économique) sobrement baptisé ePresse Premium.

Le Monde hésite encore

Une application est née…et ePresse propose désormais les principaux titres de la presse quotidienne, nationale, régionale et magazine. Des titres tels que Les Echos, Le Figaro, L’Équipe, Le Parisien / Aujourd’hui en France, Libération, Le Point, L’Express, Le Nouvel Observateur, La Croix, Challenges, L’Humanité, La Dépêche du Midi, Le Temps (quotidien suisse), Le Figaro Magazine, Midi Olympique, L’Équipe Magazine ou bien encore France Football. Seul Le Monde reste pour l’instant hors du cercle.

Sur ePresse, depuis le 30 juin 2011, le lecteur peut consulter ses journaux préférés tant sur iOS, sur le Web, sur Android, que sur WebOS. Il achète des « packs » dont la grille tarifaire vient d’être révisée. L’offre « au jour » à 2,99€ proposera bientôt de consulter 3 quotidiens et 1 hebdomadaire pendant 24h. L’offre « à la semaine » à 5,99€ donnera accès à 7 quotidiens et 1 hebdomadaire. Enfin, l’offre « au mois » concerne 30 quotidiens et 4 hebdomadaires pour 24,99€. Des formules de consultation qui peuvent être réglées soit par carte bancaire, paiement Internet, ou via les solutions de HiMedia : AlloPass et HiPay. Le système de paiement de Google, One Pass, ayant (oh surprise) été retoqué.

70 000 téléchargements en 9 mois

Le succès est-il au rendez-vous ? Officiellement, ePresse revendique 70 000 téléchargements depuis son lancement en juin 2011, rappelle le site ZDNet.fr. Pas de conclusions hâtives donc. Mais l’on ne peux s’empêcher de penser que l’utilisateur d’iPad, conditionné par Apple et biberonné au Flipboard*, aura du mal à se détacher de ses habitudes pour embrasser moyennant 24,99 euros par mois la cause (désespérée?) d’une presse  française victime auto-désignée d’une révolution technologique qu’elle n’a pas vu venir, et de ses propres démons qui, eux, ne doivent rien à personne.

* Une application gratuite qui permet de consulter au format magazine de son choix la production éditoriale de n’importe quel site d’information embarquant un flux RSS.

Philippe CROUZILLACQ

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