EDITO / Twitter, dernier avis avant fermeture

NewZilla.NET sept 8 2012 - 11:12 par Philippe CROUZILLACQ

Avec son dernier kit pour développeurs (API), la plate-forme de microblogging tourne le dos aux logiciels clients qui ont pourtant largement assuré son succès notamment en ce qui concerne les applications mobiles.

Annoncé depuis plusieurs semaines, le dernier kit pour développeurs d’API de Twitter a été publié jeudi 6 septembre. Or, les conditions d’utilisation de ces outils qui permettent en théorie aux développeurs tiers de créer des services valorisant Twitter sont aujourd’hui beaucoup plus restrictives qu’elles ne le furent par le passé.

Affichage strict des messages de la plate-forme de microblogging, restriction du nombre d’utilisateurs autorisés (à 100 000 pour les nouveaux logiciels clients, à 200 000 pour les plus anciens), procédure de certification…tout est maintenant fait pour décourager l’émergence d’applications tierces dans l’écosystème Twitter. Une politique qui traduit l’arrogance d’une société, Twitter, qui en l’absence de tout modèle économique viable (mais n’est-ce pas le cas de la plupart des start-up Internet) ne doit sa puissance et son aura qu’au 1,16 milliard de dollars investi par le gotha du capital-risque depuis sa création en mars 2006.

Les grands oracles de l’économie Internet pourront toujours nous rétorquer que pour une start-up l’essentiel n’est pas de faire des bénéfices mais bien de se faire racheter *, tout cela ressemble bel et bien (à de très rares exceptions près) à une économie de casino. A l’aune de ces financements, et sans rentrer dans le débat sur la nature et l’origine des fonds investis, les grandes leçons d’entreprenariat délivrées ça et là par nombre d’entrepreneurs de l’économie Internet mériteraient d’être quelque peu relativisées. Surtout pour tout ce qui relève de la catégorie « prise de risques »

Twitter a donc décidé de fermer les écoutilles, et de condamner de facto certaines des applications tierces (de veille, ou de partage de photos) qui ont assuré sa notoriété si ce n’est sa survie à une époque où le navire Twitter tanguait sérieusement en coulisse. Et comme si tout cela ne suffisait pas, dans leur clairvoyance les responsables de la plate-forme de microblogging viennent aussi de couper les ponts avec le réseau social professionnel LinkedIn et avec la plate-forme de blog Tumblr, après avoir racheté son concurrent Posterous.

Dans un monde, celui du Web 2.0 et de ses successeurs où tout n’est (officiellement du moins) qu’ouverture et partage, tout cela ne présage rien de bon…

Philippe CROUZILLACQ

* Cf. La reprise (pour ne pas dire le sauvetage) cette semaine par Hootsuite de Seesmic, 16 millions de dollars de levées de fonds, la société fondée par le Français Loic Le Meur.