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Monthly Archives: août 2016

La Silicon Valley, point de chute de l’Administration Obama

Après plusieurs années passées dans les couloirs du Pouvoir à Washington, les membres de l’Administration c’est-à-dire du gouvernement dirigé par Barack Obama cherchent à se reclasser. 

 

Et cette année pas question de s’orienter vers l’industrie pétrolière, de l’automobile ou de l’armement… Cap sur la Silicon Valley, un monde de l’Internet qui leur tend les bras. Et où chacun trouvera son compte dans un échange de bons procédés pas toujours totalement désintéressés.

Silicon Valley-Washington, liaisons dangereuses? Pas forcément. Mais fermer les yeux sur les relations entre le pouvoir politique et le pouvoir technologique aux Etats-Unis c’est assurément ignorer une réalité.

Certes, entre la Silicon Valley et Washington les relations ne datent pas d’hier. Le ministère de la Défense (Pentagone) a toujours su garder (a minima) un oeil bienveillant sur les évolutions technologiques de la Silicon Valley, depuis des décennies.

Pentagone, NSA et CIA

Il n’y a qu’à se souvenir d’un David Packard (le “P” de Hewlett-Packard) qui termina sous-sécretaire d’Etat à la Défense dans l’Administration Nixon, ou de Max Kelly, l’ex-Chief Security Officer de Facebook parti travailler pour la NSA.

Une agence de renseignement comme la CIA procède régulièrement à des investissements via son fonds de capital-risque, In-Q-Tel (IQT), dans des “jeunes pousses” de son choix. Des investissements qui sont parfois communs à ceux d’un Google.

Obama-Zuckerberg

Aux Etats-Unis, les séries TV (House of Cards, saison 4) où le cinéma ( avec le récent film d’espionnage Jason Bourne), s’emparent aujourd’hui avec plus ou moins de réussite et de manière parfois caricaturale de ce thème.

Mais depuis quelques temps les relations entre Washington et la Silicon Valley ont pris un nouveau tour. L’Administration Obama est allée débaucher certain(e)s de ses collaborateurs (trices) dans la Valley, à l’instar de Megan Smith, venue de Google.

Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, a récemment accepté l’idée de rejoindre Eric Schmidt (Google) au sein du Defense Innovation Advisory Board, une initiative du Pentagone, c’est-à-dire du ministère de la Défense des Etats-Unis, pour rapprocher les leaders de la Silicon Valley des hauts responsables militaires du pays.

tech-dinner-obama
Dîner high-tech chez Barack Obama avec John Chambers (Cisco), (feu) Steve Jobs (Apple), Eric Schmidt (Google), Mark Zuckerberg (Facebook), Larry Ellison (Oracle), Reed Hastings (Netflix), Carol Bartz (ex-PDG de Yahoo-, Dick Costolo (ex-PDG de Twitter)

Dernière tendance pour les fonctionnaires de Washington, le reclassement dans la Silicon Valley, où ils et elles sont accueillies à bras ouverts par des groupes Internet qui investissent de plus en plus dans le “lobbying” (pardon, qui cherchent à développer leurs “relations institutionnelles”), et/ou à conquérir toujours plus de nouveaux marchés.

Citons quelques noms plus ou moins connus du grand public… Sheryl Sandberg, ancienne chef de cabinet (nous y reviendrons), du ministre des Finances Larry Summers dans les années 90, passée par Google et devenue aujourd’hui numéro 2 de Facebook, aux côtés de Mark Zuckerberg. David Plouffe, l’un des responsables de la campagne présidentielle de Barack Obama, parti chez Uber, Eric Holder, ancien ministre de la Justice, débauché par Airbnb, Nick Shapiro ancien de la Maison Blanche, puis de la CIA également passé chez Airbnb.

Flux migratoire

Ryan Metcalf (ancien conseiller à la Maison Blanche) qui travaille aujourd’hui avec Max Levchin, l’un des co-fondateurs de PayPal et à ce titre membre éminent aux côtés du milliardaire Peter Thiel (Cf. NewZilla.NET du 26 mai 2016) et d’autres de la mythique PayPal Mafia. Voilà, en quelques exemples, pour le jeu de chaises musicales.

Accompagnant ce nouveau flux migratoire on notera également un élément intéressant, qui voit le monde politique marquer de manière assez surprenante de son empreinte le monde et l’organisation des start-up et des groupes Internet.

obama

Ainsi, dans cet univers où les P-DG aiment bien à se représenter portant des t-shirts et des sweets à capuche, assiste-t-on depuis quelques temps à l’arrivée de nouvelles fonctions, qui traduisent une certaine formalisation ainsi qu’une rigidification des rapports entre les dirigeants du monde l’Internet et leurs collaborateurs.

On constate l’apparition de plus en plus fréquentes (sous des appellations diverses) de la fonction de “Chef de cabinet” qui prendra par exemple le nom de “Technical lead” chez Intel ou chez Amazon, ou bien de “Director of the office of the CEO”, pour Sam Teller qui travaille aux côtés d’Elon Musk (Tesla).

Uber achète Otto, le camion sans chauffeur

Le groupe Internet fait l’acquisition de cette startup co-fondée par Anthony Levandowski (ex-responsable du projet Google Car) pour 680 millions de dollars.

 

L’objectif premier d’Otto (Cf. NewZilla.NET du 19 mai 2016) n’a jamais été de construire des camions. Bien au contraire depuis sa création par Anthony Levandowski (ex-responsable du projet Google Car), s’est attachée, en travaillant sur le concept de la conduite autonome voire sans chauffeur, à développer ses propres capteurs, et en particulier le LiDAR.

Aujourd’hui, Otto passe sous le contrôle d’Uber. Les centres de R&D de Palo Alto et de San Francisco continueront à fonctionner mais les données seront désormais directement partagées avec celui d’Uber à Pittsburgh, la ville où le groupe Internet s’apprête à déployer une centaine de SUV Volvo en mode de “conduite autonome” (Cf. NewZilla.NET du 18 août 2016).

Uber

L’objectif (inavouable?) d’Uber étant à terme de mettre la main sur l’ensemble de l’industrie du transport… Aujourd’hui le groupe Internet dirigé par Travis Kalanick est présent dans plus d’une centaine de pays où il occupe déjà très souvent sur son segment d’activité, une position dominante.

Automattic, l’éditeur du CMS WordPress, va commercialiser le .blog

Il sera très bientôt possible de réserver et d’enregistrer le nom de domaine de son site Internet en “.blog”.

 

Matt Mullenweg, le fondateur d’Automattic (l’éditeur du CMS WordPress) a choisi de donner l’exemple. Hier, il a en effet troquer l’adresse de son blog pour une adresse utilisant une extension de nom de domaine en “.blog”.

Car Automattic a décroché l’an dernier, moyennant un gros chèque de 19 millions de dollars, l’autorisation de commercialiser en exclusivité l’extension de nom de domaine .blog (aux côtés des .com, .net, et autres .org…).

L’enregistrement d’un nom de domaine de site Internet en .blog coûtera 30 dollars. Le service sera ouvert au grand public à partir du 21 novembre 2016.

Cependant des dossiers de demandes d’enregistrement anticipé peuvent d’ores et déjà être déposés pour examen moyennant 220 dollars de frais d’inscription. Plus d’informations par ici.

Quel impact en terme de SEO?

Ces frais d’inscription seront toutefois remboursés si le nom de domaine souhaité ne peut être attribué. Les détenteurs de marques commerciales sont appelés à suivre une procédure distincte de celle du grand public.

Quant aux noms de domaine les plus recherchés tels que “smartphone.blog” ou “Internet.blog”, ils feront l’objet d’une procédure d’une mise aux enchères, sans limite de prix.

dotblog-social

Enfin, il est à noter que l’enregistrement d’un nom de domaine en .blog est ouvert à tous, et non pas seulement aux utilisateurs de sites fonctionnant sous WordPress.

Une inconnue subsiste cependant. A ce stade on ne connait pas encore l’accueil que les algorithmes des moteurs de recherche, à commencer par celui de Google, réserveront aux sites Internet en .blog.

Netflix ferme ses bureaux en France pour ne plus avoir à y payer d’impôts

Le groupe Internet, géant de la VOD va transférer ses bureaux parisiens aux Pays-Bas.

 

Netflix ferme ses bureaux français, mais le service reste disponible” (Clubic), “Netflix quitte la France, pas les Français” (Numerama)… A lire les gros titres de la “presse” high-tech, le retrait prochain du service de VOD, Netflix, de France (révélé par une information de L’Express), et non du marché français, est vécu comme un véritable soulagement. En clair, cela aurait pu être pire!

Et pourtant… La prochaine fois que vous regarderez une série diffusée et produite par Netflix, qu’il s’agisse de Marseille (avec Gérard Depardieu, dont la saison 2 est d’ores et déjà sur les rails), de Narcos, d’Orange is The New Black ou d’House of Cards, peut-être garderez-vous à l’esprit que si votre abonnement contribue à enrichir Netflix (Cf. NewZilla.NET du 16 janvier 2016) et ses actionnaires, en revanche, pas un centime (ou si peu) ne sera versé en retour (directement) à l’Etat français.

Une stratégie à sens unique

Car si Netflix accepte volontiers que le marché français lui ouvre grand ses portes, le service de VOD se montre beaucoup moins enclin à contribuer fiscalement à l’économie du pays qui l’accueille.

Netflix-HouseOfCards

Depuis son arrivée en France à la fin de l’année 2014, le groupe Internet qui grâce à la localisation de son siège européen au Luxembourg puis aux Pays-Bas, échappait déjà à l’impôt sur les sociétés en France, mais versait tout de même 2% de son chiffre d’affaires au Centre national du cinéma (CNC), ce qu’il devrait continuer à faire malgré son départ. Par ailleurs, Netflix s’acquittait également de la TVA depuis le 1er janvier 2015. Pour un montant total de 600 000 euros. Pas de quoi déstabiliser un groupe comme Netflix qui a réalisé en 2015, 6,78 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Mais toutes les bonnes choses ayant, semble-t-il, une fin (mais pas pour autant un “happy end”), Netflix vient de décider, à l’instar d’autres groupes Internet (comme Google, ou Airbnb pour n’en citer que quelques uns), ou opérateurs télécoms, de fermer ce qui lui restait de bureaux en France et d’opter pour une stratégie “d’optimisation fiscale”.

Une décision tout à fait légale certes, mais bien évidemment beaucoup plus discutable sur le plan éthique.

DECRYPTAGE / Pour ou contre le chiffrement des communications?

Dans un contexte où le chiffrement des données de communication est de plus en plus associé à la propagation des activités terroristes, une vingtaine de personnalités du monde du numérique co-signent aujourd’hui une tribune dans le quotidien Le Monde intitulée, “En s’attaquant au chiffrement contre le terrorisme, on se trompe de cible”. Pourtant, à y regarder de plus près, les choses ne sont peut-être pas aussi simples qu’il y parait.

 

Dans un contexte sécuritaire particulièrement lourd, qui appelle (semble-t-il, une fois de plus) des réponses politiques, le chiffrement des communications figure aujourd’hui clairement au banc des accusés, quand il s’agit de chercher un responsable à la propagation des activités et des idées terroristes.

C’est une question centrale dans la lutte antiterroriste, beaucoup des messages échangés en vue de la commission d’attentats terroristes, le sont désormais par des moyens cryptés”, déclarait au début du mois d’août, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Et le ministre d’en appeler à une initiative internationale au sujet du chiffrement et de la lutte anti-terroriste. 

Discours inaudible

Un discours souvent inaudible dans le petit monde du numérique dont une vingtaine de personnalités viennent de co-signer une tribune dans le journal Le Monde sur le sujet.

Outre la présidente de la CNIL, Isabelle Falque-Pierrotin, et l’actuel président du Conseil national du numérique, Mounir Mahjoubi (Cf. NewZilla.NET du 2 février 2016), on retrouve également quelques experts émérites en sécurité informatique tels que Nathalie Collin, directrice générale adjointe du groupe La Poste, ou Jean-Marc Patouillaud, associé-gérant du fonds Partech…

Le chiffrement est une méthode qui consiste à protéger des données ou des communications en les rendant illisibles de l’extérieur et déverrouillables par une clé”, rappellent les signataires qui reconnaissent plus loin que l’on “ne peut raisonnablement affirmer que le chiffrement soit une barrière infranchissable pour les enquêteurs, même si on ne peut nier qu’il puisse compliquer l’accès à certaines informations”. Jolie litote! 

Avant de nous asséner cet argument définitif, à savoir que “le chiffrement est essentiel à notre sécurité dans l’univers numérique”.

La question qui se pose à ce stade est peut-être de savoir à qui cela est-il véritablement essentiel?

  • Aux banques, qui sécurisent ainsi leurs transactions financières? Très certainement!
  • Aux différents acteurs du commerce électronique qui sécurisent ainsi les transactions effectuées sur leurs sites Internet? A n’en pas douter!
  • Aux terroristes qui sécurisent ainsi leurs communications à l’abri des regards indiscrets sur des messageries telles que Telegram (chaudement recommandée par une organisation comme l’Etat islamique)? Il est permit de le penser.
  • Aux citoyens? Un peu de mauvais esprit ne nous interdira pas de penser que dans cette affaire les citoyens ont particulièrement bon dos. Explications.

Chiffrement-lutte-terrorisme-Cazeneuve

Car, la réalité c’est que concernant les messageries électroniques comme Telegram, mais aussi WhatsApp (Cf. NewZilla.NET du 6 avril 2016), ou Facebook Messenger, pour ne pas parler du courrier électronique, la généralisation du chiffrement des communications est extrêmement récente.

Or, on ne se souvient pas avoir entendu (et encore moins lu) la très grande majorité des signataires de la tribune publiée aujourd’hui dans Le Monde pousser des cris d’orfraie et/ou réclamer pendant des années à cors et à cris à ces différents groupes Internet la mise en place de solutions de chiffrement pour protéger la vie privée de citoyens. Des citoyens qui ont longtemps inconsciemment devisé sur Yahoo! Messenger ou Windows Messenger, et pour ne citer que deux exemples.

Une autre intervention (à écouter ici en intégralité) nous éclaire également sur le sujet. C’est celle de Tristan Nitot * (qui fut membre du Conseil national du Numérique de 2013 à 2015), à l’occasion de l’entretien qu’il a accordé ce mardi 23 août 2016 sur l’antenne de France Inter.

Extraits

Faisant référence à l’incontournable roman d’Orwell, “1984”… “Quand on se sait surveillé on s’auto-censure” (…) “On a le droit à la vie privée” (oui, en effet, c’est un petit peu comme dire que “la guerre c’est mal” et que “la pluie ça mouille”).

Plus loin…“Restreindre le chiffrement poserait un vrai problème de sécurité on affaiblirait la démocratie, on affaiblirait la sécurité parce que le chiffrement c’est absolument indispensable pour que la France fonctionne”. S’ensuivent alors des références immédiates au commerce électronique et à la sécurisation des transactions bancaires. 

“L’informatique, l’Internet sans chiffrement ça ne marche pas, c’est une vraie gabegie. (…) Le chiffrement est parfois utilisé par les terroristes, il est toujours utilisé par les banques, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain” (sic). “C’est vrai que le chiffrement peut gêner les enquêteurs, mais néanmoins ce n’est pas parce qu’il les gêne qu’il empêche absolument les enquêtes, l’infiltration etc…” (re-sic).

Enfin, “last but not least”, cerise sur le gâteau, cette phrase… “Google et Facebook, leur principal métier c’est d’espionner leurs clients pour leur vendre de la publicité ciblée donc ils sont un petit peu hypocrites sur le sujet du chiffrement”.

Un peu hypocrite? Sans faire de mauvais procès à l’auteur de ces propos, on se contentera ici de rappeler que de 2003 à 2015, Tristan Nitot fut aux commandes de l’association Mozilla Europe. Et que de 2004 à 2014, la Mozilla Foundation, distributrice du navigateur web libre et gratuit Mozilla Firefox, a tiré près de 90% de ses royalties d’un partenariat avec le grand méchant Google (soit plusieurs centaines de millions de dollars par an en moyenne). 

On le voit, entre hypocrisie, petites contradictions, et prises de conscience (même tardives), chacun est dans son rôle, et les données de ce débat ne sont pas aussi simples, voire aussi simplistes, que les responsables politiques d’un côté et ceux de l’économie numérique (parfois) de l’autre, tentent de nous le faire croire.

  • Dont on peut consulter ici le blog avec le plus grand intérêt.