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Emmanuel Macron ou la mise en scène de la sincérité

Dépourvu de tout mandat électif et ne bénéficiant du soutien d’aucun parti politique, le ministre de l’Economie et des Finances, que certains devinent en pré-campagne présidentielle, a décidé de court-circuiter (en apparence) les médias traditionnels, et d’en appeler à la mobilisation des Français via les réseaux sociaux. Une stratégie de communication politique très bien pensée et confiée, fort logiquement, a une start-up spécialisée dans les stratégies électorales.

 

Quand il s’agit de s’adresser aux Français, Emmanuel Macron, qui après tout n’est que ministre de l’Economie et des Finances, fait avec les moyens du bord: il s’en remet à des ressources numériques par nature peu couteuses (site Internet, comptes Twitter et pages Facebook).

Macron2Tout est fait pour abolir la distance entre le dirigeant politique et les citoyens, et sur les réseaux sociaux Emmanuel Macron a tout du bon copain enthousiaste qui a tout plein de belles idées pour la France, des idées qu’il cherche spontanément à partager.

Le ministre a donc lancé son mouvement, un mouvement informel bien entendu, baptisé « En Marche ».

Mais pour spontanées qu’elles soient, l’organisation et la structuration du mouvement « En Marche » ont tout de même été confiées à LMP (pour Liegey-Muller-Pons), une start-up spécialisée la mise en place de stratégies électorales.

Son crédo? Optimiser le travail des militants en exploitant des bases de données. Le tout étant savamment saupoudré de big data, et d’une pincée d’open-data. Ainsi, « Cinquante Plus Un », le logiciel maison de LMP a-t-il déjà été utilisé dans plus de 340 campagnes électorales (sur 14 pays européens) et plus particulièrement, en France, en 2014 par Anne Hidalgo dans sa campagne pour la mairie de Paris.

Le site Internet du mouvement En Marche ne ressemble donc en rien à celui d’un parti politique traditionnel, rien de vertical dans sa composition, ici on est dans le participatif…. Après tout on est là, ensemble, bien ensemble, pour échanger et oeuvrer à cette « offre progressiste » pour construire l’avenir du pays.

Une stratégie un peu trop Net?

Un ministre accessible donc… Ainsi, dans une vidéo postée le samedi 28 mai 2016 sur sa page Facebook (et tournée semble-t-il dans les locaux même de LMP, un poster situé derrière le candidat reprenant l’intitulé du compte Twitter – @LMP_strategies – de l’agence de communication), Emmanuel Macron invite-t-il de manière anaphorique (il faut dire qu’en ce domaine il a été à bonne école) les volontaires de son mouvement « En Marche » à commencer « la grande marche ».

Cette « grande marche » doit durer plusieurs mois. La feuille de route délivrée par le futur candidat à l’élection présidentielle à ses (déjà nombreux, ils seraient plusieurs dizaines de milliers) partisans consiste à aller « traquer les rentes là où elles créent des injustices profondes »« aller vers celles et ceux » (entendez les Français), pour « redonner une voix à ceux qui n’en ont pas », pour dresser « un diagnostic du pays » ou bien encore, grâce à cette « mobilisation générale », à « construire le visage de la France invisible ». Pourquoi pas après tout.

Emmanuel-MacronMais, puisque l’on est dans la communication politique, cette séquence vidéo (vue à cette heure par 129 305 internautes, un score d’audience convenable mais qui ne permet pas de véritablement de sauter au plafond), pousse peut-être un peu (trop) loin le côté informel.

En lieu et place des habituels discours figés des responsables politiques « classiques » (mais après tout Emmanuel Macron n’est-il pas lui aussi énarque et homme politique après avoir été successivement banquier d’affaires et haut-fonctionnaire?), la séquence s’ouvre sur un ministre en chemise, sans costume ni cravate, qui disserte pendant deux à trois minutes de manière informelle, au milieu des crépitements des appareils photo, devant ses partisans, avant de s’apercevoir que « ça tourne » (???) et qu’il lui faut maintenant plus sérieusement s’adresser solennellement aux Français face caméra.

C’est le détail qui tue, celui de l’extrême sincérité mise en scène, de la communication politique poussée à l’extrême, qui logiquement ne devrait pas tromper au-delà du raisonnable les internautes.

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A contrario de la cellule de communication de l’Elysée, qui se montre incapable de gérer correctement une session du président de la République sur Periscope sans que celui-ci (et donc sa fonction) ne se fasse (nt) insulter par les internautes, Emmanuel Macron a, lui, très bien compris comment fonctionnent les réseaux sociaux, et comment en tirer le meilleur parti. Un peu trop peut-être, car la ficelle de la spontanéité semble désormais un peu grosse à avaler.

 

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